ISTANBUL, 7 sept (AFP) -
Chaque jour, ils sont en moyenne 70.000 internautes à visiter le site
internet "itiraf.com" (confession.com en français) pour se mettre à nu sur
la toile ou recueillir les confessions électroniques d'autrui, faisant de
ce forum un succès rare et révélateur de la société turque.
"L'école de la vie", comme l'a surnommé son initiateur Ersan Ozer, est
aujourd'hui l'un des 10 sites les plus visités de Turquie, qui "parle
d'amour, de haine, de joie, de peine, de regret, de tout ce qui est dans
la vie".
Un "miracle" auquel ne s'attendait pas son initiateur quand cet ancien
journaliste et réalisateur de télévision eut l'idée de ce forum pour que
les gens se racontent, car "la vie de chacun est intéressante",
estime-t-il.
Le principe est simple: chacun peut, sous un nom d'emprunt, livrer son
sentiment sur le sujet qu'il veut à condition d'être âgé de 16 ans au
moins et sans attenter à la liberté des autres.
Les questions sentimentales et sexuelles constituent l'essentiel de
cette littérature spontanée, suscitant parfois réactions et commentaires
sur des problèmes de société.
Ainsi l'histoire d'une femme racontant comment son mari s'était cassé
le pied en la frappant a déclenché une avalanche de messages de soutien et
de témoignages similaires, montrant à quel point le problème de la
violence au foyer est récurrent en Turquie.
Pour le sociologue Ali Ergur, de l'Université de Galatasaray,
"itiraf.com" révèle une "société longtemps oppressée socio-culturellement
par l'omniprésence de la famille et par un fort communautarisme, et qui,
aujourd'hui en transition, assume mal des problèmes nouveaux tels que
l'urbanisation et le changement de mode de vie".
"Il m'a quittée il y a peu parce que je n'étais plus vierge, et je ne
comprends pas les hommes de ce pays: vierge, vous n'êtes pas fréquentable,
mais plus vierge, vous l'êtes encore moins. Quelqu'un peut-il m'expliquer,
car ce n'est pas la première fois...", écrit une femme de 37 ans habitant
Istanbul.
Quelque 1.000 messages arrivent chaque jour sur l'écran de Ersan Ozer,
qui en sélectionne une quarantaine pour les publier, et dit avoir ainsi
"beaucoup appris" sur son pays, ses concitoyens, et les femmes en
particulier.
Car, c'est une originalité de ce site, les internautes visitant ou
participant à "itiraf.com" sont à 50% des femmes, contre une moyenne
nationale d'à peine 20% pour les utilisateurs d'internet.
A 29 ans, une femme d'affaires, dont le pseudonyme est Jane, dit ne
jamais rater la lecture de ses quatre pages quotidiennes de confessions
électroniques, alors qu'elle ne consulte aucun autre site internet.
"20 minutes tous les matins qui sont bien plus amusantes que les
journaux et qui me permettent de suivre l'expérience, les aventures, la
vie des autres par leurs témoignages à la naïveté touchante",
explique-t-elle.
Pour l'animateur du site, il est important que les histoires soient
vraies. "C'est ce que les gens attendent", dit-il, et c'est cette
authenticité qu'il recherche dans la publication de témoignages.
"Les histoires sont probablement réelles, mais leur véracité n'est pas
importante", analyse Ali Ergur, "l'accessibilité et l'intimité apparente
de ce forum créent le sentiment d'appartenir à une communauté", fût-elle
virtuelle.
Cette agora électronique permet en outre "d'évacuer son stress tout en
donnant le sentiment de surveiller les autres, faisant tomber les
barrières de l'intimité", phénomène similaire à la multiplication des
"reality shows" télévisés, y compris en Turquie.
Son initiateur estime qu'il y a désormais une "génération itiraf.com
dont les gens parlent même quand ils n'ont pas internet", et dont ils
lisent les morceaux choisis dans un livre publié chaque année.
Pour faciliter l'accès, les inconditionnels pourront même bientôt
envoyer leurs confessions par téléphone mobile.